Extrait du Message d’ouverture du Président, le pasteur Jean-Arnold de Clermont

Des migrations…
Ce sont les mêmes remarques que me suggère le rapport de la « commission mondiale sur les migrations internationales » rendu public en octobre 2005 par les Nations unies. Son grand mérite est de proposer un regard global sur les 200 millions de migrants, soit environ 3% de la population mondiale, et d'y voir un facteur clé pour la prospérité y compris des pays industrialisés, et comme un facteur de développement et de stabilité pour les pays de migrations. Le rapport aborde avec lucidité la difficile question des migrations irrégulières ; sans nier le droit des Etats à déterminer qui peut entrer et demeurer sur leur territoire, il souligne leur responsabilité et leur obligation à protéger le droit des migrants. Il les engage à coopérer activement entre eux afin que leurs efforts ne mettent pas en danger les droits humains, notamment le droit des réfugiés à demander l'asile. Je vous invite à la lecture et à l'étude de ce rapport. A plus forte raison quand un nouveau projet de loi propose sous un titre trompeur, l'immigration choisie, c'est-à-dire choisie non par les migrants mais par notre pays en fonction de ses seuls besoins en main d'œuvre qualifiée ou non. Je cite ce commentaire de la Nouvelle République (quotidien algérien d'information) : «Quand Nicolas Sarkozy soutient que « la France ne peut pas rester à l'écart des flux mondiaux de l'intelligence et des compétences» on se demande quand même s'il parle bien d'êtres humains ou de marchandises utiles au bon fonctionnement de l'entreprise France... En clair, ce ne sont plus les problèmes d'intégration qui dictent en priorité la politique migratoire, mais la compétition internationale, l'avenir des sociétés françaises. Pour ce qui est d'accueillir «la misère du monde» ne serait-ce que la partie que lui imposent ses idéaux fondateurs et sa prospérité relative, la France, «Terre d'asile» et «pays des droits de l'homme», se déclare aux abonnés absents. Des pays du tiers-monde, elle prendra seulement les «talents et compétences», s'appliquant à refouler les sans-grade, à l'instar notamment des Etats-Unis, du Canada ou de la Suisse. En creux, derrière l'opposition entre immigration «choisie» et «immigration subie», les immigrés d'hier et d'aujourd'hui comprendront aussi qu'ils sont et ont été «inutiles», un fardeau pour le pays d'accueil. » . Le jugement est peut être sommaire, mais la Cimade le dit pareillement : « Ce projet évacue l'être humain pour ne voir que la main d'œuvre ». Il nous faudra apporter un autre regard sur ce sujet qui, n'en doutons pas, prendra dans les semaines et les mois à venir une place importante dans les débats publics.

En partant de ces deux rapports incontestables dans leur indépendance à l'égard des positions politiques dans notre pays, j'essaie de vous dire combien nous avons à jouer un rôle lui aussi indépendant des affrontements politiques parce qu'il placera au cœur du débat les personnes concernées, la volonté de chercher des solutions raisonnables et concertées, le refus de nous laisser guider par nos peurs. Nos Eglises et Associations ont ainsi à rendre le témoignage d'une participation à la vie publique, où elles ont à faire entendre leur spécificité.